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Le monde tel que nous le connaissons est façonné par les valeurs héritées de l’Occident. Or notre héritage n’a jamais été aussi attaqué. D’un côté par la mondialisation marchande, d’un autre par des modèles culturels concurrents et aussi par lui-même. Une analyse décapante d’Henri Guaino.

L’occident est-il en train de sortir de l’histoire? L’uniformisation du monde sous le poids de la mondialisation va-t-elle détruire notre civilisation? Qui veut la mort du politique au profit de la technique? Autant d’interrogations que soulève le roboratif ouvrage d’Henri Guaino, «Ils veulent tuer l’Occident». Une analyse de Jacques Sapir publiée dans les colonnes de Sputnik (extraits).

Henri Guaino vient de sortir un livre (1), et ce livre pose de nombreuses questions. Le titre en est provocateur, mais les interrogations qu’il suscite sont multiples. De nombreux auteurs, tel Oswald Spengler, ont prophétisé le «déclin» ou la «fin» de l’Occident (2). Le thème de la décadence est présent, mais il pose problème. De nombreux auteurs du XXe siècle, de Robert Musil (3)  à George Lukacs (4) se sont interrogé sur ce qui poussait ces auteurs à vouloir interpréter une évolution historique au nom de lois que l’on prétend immuables.

Alors, sans vouloir établir un signe d’égalité entre l’ouvrage écrit par Henri Guaino et ceux de ses prédécesseurs, on ne peut que constater la prégnance de la crise, qu’elle soit politique ou de civilisation, qui constitue la base et le contexte de l’ouvrage. Et l’on rapprochera de cet essai celui écrit en 2016 par Jean-Pierre Chevènement sur le «défi de civilisation» auquel nous sommes aujourd’hui confrontés (5).

Cette uniformisation se fait par la négation des histoires et des cultures. Elle est porteuse en réalité du risque d’anomie, ce concept développé par Émile Durkheim.

Réflexions sur l’Europe, interrogations sur le monde

Henri Guaino se pose lui aussi la question de savoir si l’Europe n’est pas en train de sortir de l’Histoire, suivant le titre d’un autre ouvrage de Jean-Pierre Chevènement (6). Et, à cette question vient immédiatement faire écho une autre interrogation: ne serions-nous pas en train de vivre l’uniformisation de notre monde, du moins de notre monde? C’est l’un des thèmes qui parcourt l’ouvrage.

L’uniformisation de la pensée, bien sûr, mais aussi l’uniformisation de la langue, du marché et de la monnaie. Cette uniformisation se fait par la négation des histoires et des cultures. Elle est porteuse en réalité du risque d’anomie, ce concept développé par Émile Durkheim (7). Mais il faut savoir que le concept fut utilisé dans le cadre d’une réflexion sociologique sur le suicide.

Dès lors, est-il possible que les pays qui forment cet «Occident» se dirigent vers un suicide collectif? Car, en niant tout ce qui fait la rugosité de notre univers, en voulant faire basculer notre monde du solide vers le liquide, est-ce que l’on ne prépare pas un monde de prédateurs, le fameux renard libre dans le poulailler libre? De fait, on retrouve ici la réflexion que Carl Schmitt avait conduite dans Terre et Mer. L’opposition entre les mondes lisses et les mondes rugueux n’est pas neuve. Elle n’en est pas moins pertinente (8).
Les institutions, les règles, les coutumes, mais aussi les habitudes, les modes de vie et les modes de pensée, bref tout ce qui contribuait à la diversité, mais aussi à l’organisation de notre monde en est nié. Mais, une société peut-elle survivre sans cette diversité, diversité qu’elle produit et reproduit au fur et à mesure qu’elle se reproduit?

Et l’on se prend à rêver d’une parenté entre les idéologues de la mondialisation et certains des révolutionnaires de 1917 qui, tel Léon Trotski, annonçaient aussi la fin du politique au profit de l’émergence du technique.

Le mythe du marché

On peut alors se demander si dans la métaphore de la société liquide ne se cache pas celle du marché, non pas du marché tel qu’on le pratique quand on va faire ses courses, non pas même du marché tel que la Commission Européenne voudrait faire fonctionner, ce fameux «marché unique», mais ce marché de référence, celui qui structure l’imaginaire des économistes néo-classiques, de ces héritiers de Léon Walras et de quelques autres. C’est donc bien ce marché mythique qui serait à l’œuvre dans l’imaginaire de ceux qui nous préparent cette société sans passé, et donc sans futur.

Cette société liquide, c’est aussi celle que met en scène la «mondialisation», une notion qui a une réalité, celle des échanges internationaux, fait fort ancien datant au moins de l’antiquité, mais notion aussi fortement idéologique. Alors on peut se demander si, derrière cette notion et derrière cette métaphore, ce n’est pas le politique que l’on cherche à mettre à mort. Et l’on se prend à rêver d’une parenté entre les idéologues de la mondialisation et certains des révolutionnaires de 1917 qui, tel Léon Trotski, annonçaient aussi la fin du politique au profit de l’émergence du technique. Les marxistes révolutionnaires attendaient la révolution qui donnera naissance à la société sans classes. C’est pourquoi l’un des rares auteurs marxistes à s’être spécialisé sur le droit, Evgueny B. Pashukanis, pouvait affirmer que, sous le communisme, il n’y aurait plus de réglementations légales, mais uniquement des réglementations techniques (9).

Qu’est-ce que l’Occident?

Ce livre pose la question du devenir de l’Occident. J’avoue à la fois saisir intuitivement ce que l’on entend par cela, mais aussi ne pas comprendre une notion, marquée par la Guerre froide. Si par «Occident», ont veut parler de nos racines gréco-latines, c’est une chose plus culturelle que géographique. Mais alors, comment se fait le choix entre ces racines et les influences germaniques? Les «Gaulois», ceux de nos livres d’histoire, étaient des Germains, le fait fut démontré par des études ADN, mais dont la culture politique était fortement modelée par les influences gréco-latines.
Diversité encore, diversité toujours. L’Occident n’est pas un concept géographique, mais il n’est pas non plus un concept culturel et politique unificateur. Pourtant, on parle, non sans raison, d’un mode de vie occidental, mode de vie qui a émergé d’Europe et qui s’est étendu sur une vaste part de la planète.

Bref, comment réconcilier unité et diversité? Ou, plus exactement, comment à ce sujet articuler la dialectique entre l’unité et la diversité? Voilà des questions que l’on peut se poser à la lecture du livre d’Henri Guaino.

Voici la présentation du livre par l’éditeur.

L’Occident est engagé sur une pente qui pourrait bien lui être fatale à brève échéance. Il ne s’agit pas d’une prophétie mais d’un diagnostic sur l’état mental, moral, intellectuel de nos sociétés, sur le mal qui les ronge et qui détruit sous nos yeux un idéal humain auquel ont travaillé des millénaires d’histoire, de religion et de civilisation. L’Occident n’est pas menacé par le déclin de sa puissance relative face aux puissances émergentes qui le concurrencent dans un monde qu’il avait l’habitude de dominer sans partage. Le plus grand danger n’est pas dehors mais dedans, dans l’obstination d’une majorité des élites occidentales à penser que le progrès économique, scientifique et technique a changé la nature de l’homme et dans leur orgueil démesuré à croire qu’elles sont les architectes d’un Nouveau Monde où les leçons du passé n’ont plus aucune valeur.
Ce n’est pas la première fois que l’idéologie de la table rase s’attaque à ce que la civilisation a construit pour canaliser les instincts sauvages qui demeurent éternellement au plus profond de la nature humaine. Ne pas prendre conscience de ce qui est en train de s’effondrer dans l’homme occidental, c’est laisser se tendre à nouveau le ressort des grandes tragédies. Et une fois que le ressort est tendu, la tragédie, implacablement, va jusqu’à son terme. Le but de ce livre : nous forcer à ouvrir les yeux avant qu’il soit trop tard.

Henri Guaino, ancien commissaire général au Plan, conseiller spécial du président de la République, Nicolas Sarkozy, de 2007 à 2012, a été l’un des principaux inspirateurs de la campagne contre le traité de Maastricht aux côtés de Philippe Séguin et de Charles Pasqua en 1992 et de la campagne de Jacques Chirac sur la fracture sociale en 1995. 

Extraits

« L’Occident chrétien était universaliste. L’Humanisme en rajouta. Et les Lumières encore davantage. L’universalisme a son bon et son mauvais côté. Le bon, c’est l’envie de donner, de partager, c’est la reconnaissance que tout l’Homme est dans chaque homme. Le mauvais côté, c’est celui qui pousse à vouloir civiliser les autres sans leur consentement. L’universalisme poussa l’Occident à convertir l’Humanité à l’occidentalisme. Portant en lui le germe de la confusion entre le croire et le savoir, et comme chaque fois qu’il s’est trouvé dans cette confusion, il fut enclin, à côté de grandes et fécondes entreprises, à commettre de nouveaux crimes, fût-ce pour les meilleures raisons humanitaires du monde, redonnant ainsi des forces nouvelles à tous les fanatismes qui veulent la destruction de l’Occident. Après avoir inclus l’Amérique dans l’Occident en faisant table rase des civilisations qui s’y trouvaient, bouclant, si l’on peut dire, la boucle, l’Occident s’est retrouvé pour la première fois face à l’Extrême-Orient.  

LOccident ne peut survivre à l’état de ruines à usage folklorique.

Un beau texte de Victor Hugo résume bien ce que fut l’esprit de cette confrontation. Il s’agit de sa lettre au capitaine Butler, qui lui demandait son avis sur son expédition franco-anglaise en Chine, en 1861, lors de ce que l’on a appelé la deuxième guerre de l’opium, qui aboutit à la destruction du Palais d’été des empereurs de Chine : ‘Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. […] Puisque vous voulez connaître mon avis, le voici : il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été. L’art a deux principes, l’Idée qui produit l’art européen, et la Chimère qui produit l’art oriental. Le Palais d’été était à l’art chimérique ce que le Parthénon est à l’art idéal. Tout ce que peut enfanter l’imagination d’un peuple presque extra-humain était là. Ce n’était pas, comme le Parthénon, une oeuvre rare et unique ; c’était une sorte d’énorme modèle de la chimère, si la chimère peut avoir un modèle. […] Les artistes, les poètes, les philosophes connaissaient le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’oeuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe. Cette merveille a disparu. Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. […] Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. […] Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits. Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.’ 

L’incendie de Notre-Dame, une métaphore pour la fin de l’Occident ?

« […] Mais cela n’empêcha pas l’Occident de se penser investi d’une mission civilisatrice car dans cette conquête du monde il n’y eut pas que les intérêts et la volonté de puissance, il y eut aussi l’idéal qui poussait à évangéliser le monde d’abord avec la Bible et l’Evangile, ensuite avec la bible du Progrès pour en répandre partout les bienfaits. Ce qui permettait à Victor Hugo tout à la fois de dénoncer le pillage du Palais d’été et, lui qui n’avait aucun intérêt à faire valoir, ni aucune domination à établir, d’appeler de toute la force de sa pensée universaliste à rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation. Et de proclamer : ‘Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette Terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix, et l’Esprit humain par la liberté.' » 

Elise Blaise reçoit longuement Henri Guaino sur le plateau de TV Libertés pour qu’il retrace les fondements de notre civilisation et dépeigne les maux qui la mettent en péril. Tiraillé entre les idéologies du nomadisme, de la mondialisation et de l’uniformisation, l’Occident s’est éloigné de la transcendance pour devenir une société gouvernée par une économie hors-sol faisant fi du réel comme des hommes. Avec cet essai, Henri Guaino réveille les consciences pour que l’Occident reste l’Occident avant qu’il ne sombre à nouveau dans un épisode sanglant comme il en a déjà vécu dans son histoire.

Retrouvez l’intégralité de l’article de Jacques Sapir sur le site de Sputnik en cliquant ici.
Lire l’article de l’Express en cliquant ici.
Achetez le livre sur le site de l’éditeur en cliquant ici.
Photos DR et CC via Flickr de Nahis, Arien Sifre, Alarme, Alexandre Prevot, Daniel Mennerich, Hamad Aziz, Jean-Noël Dolle, Miquel Fabre.

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