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La présence d’un vivier considérable dans lequel prospèrent les musulmans radicalisés tentés par des actions terroristes conduit à renforcer les opérations d’espionnage intérieur qui sont la responsabilité de la Direction générale de la sécurité intérieure ou DGSI. Une analyse éclairante sur son rôle actuel et sur les défis auxquels elle doit faire face.

Alex Jordanov est journaliste et réalisateur de films documentaires. Il a longtemps travaillé pour Le Vrai journal, avec Karl Zéro. Puis après, il a travaillé en free-lance pour d’autres boîtes de presse. Après un travail remarquable intitulé Merah, l’itinéraire secret, il vient de publier Les Guerres de l’Ombre de la DGSI, véritable plongée au cœur des services secrets français (Nouveau monde éditions).

Pour la première fois, des officiers de la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) racontent avec franchise leur travail sur le terrain. Le journaliste les a accompagnés dans leurs surveillances et l’espionnage de djihadistes, le recrutement de sources, le démantèlement de réseaux terroristes, la manipulation rocambolesque d’un responsable du programme d’armement syrien… Ces missions ont lieu tous les jours, sous nos yeux, mais nous ne les voyons pas.

Ce carnet de bord, rédigé sur plusieurs années, offre une radiographie sans précédent des succès et des ratages du renseignement intérieur. On y découvre comment la France a échappé à un attentat chimique qui aurait été bien plus meurtrier que ceux du 13 novembre 2015. Comment certaines figures du djihadisme mondial sont passées entre les mailles du filet sécuritaire. Comment les réorganisations des services et stratégies de carrière de la hiérarchie mettent parfois à mal les missions les mieux préparées.

Cette plongée inédite au cœur des services nous fait entrer dans un monde terrifiant de vérité auquel nous n’avions jamais eu accès.

Au cours du récit, on croise des services secrets « amis » et parfois concurrents, comme le Mossad ou la CIA. On traque les tentatives russes ou chinoises de recrutement au cœur des industries stratégiques française, ou les nationalistes corses aux marges du banditisme. On subit les contrecoups de la guerre feutrée entre services français en charge de la lutte antiterroriste.

Coups tordus, ordres venus « d’en haut », parfois très politiques, grand banditisme, trafics au nom de la raison d’État… Cette plongée inédite au cœur des services nous fait entrer dans un monde terrifiant de vérité auquel nous n’avions jamais eu accès.

Une infographie du Monde qui présente l’appareil sécuritaire français.

Ce livre est particulièrement intéressant, dans le sens qu’il révèle des dessous de ce qui constitue un des appareils majeurs en charge de la sécurité des Français. On se rend malheureusement compte de certains écueils, de certaines méconnaissances – non pas des agents mais souvent de la hiérarchie – qui peuvent inquiéter. On découvre les conséquences d’un arsenal législatif laxiste, pas adapté à la guerre contre l’islamisme (il est vrai que les dirigeants politiques sont encore incapables de nommer l’ennemi pour certains). On découvre également une partie du quotidien de ces hommes et de ces femmes en charge de notre sécurité, assez loin finalement de ce que les Français peuvent voir dans la série Le Bureau des Légendes.

Alex Jordanov a accordé à Yann Vallerie de Breizh Infos un long entretien qui dévoile le dessous des cartes.

Héritière de la DST et des Renseignements généraux, la DGSI a tardé à devenir pleinement opérationnelle.

Breizh-info.com : Comment êtes-vous passé de la traque de Mohammed Merah, dont vous avez tiré un livre, à ces guerriers de l’ombre de la DGSI ?

Alex Jordanov : C’est un pur hasard. J’ai rencontré dans un cabinet d’avocats, deux des agents de la DGSI qui y étaient au même moment. On a discuté. Cela a mis du temps. Ils avaient aimé le livre sur Merah, qu’ils trouvaient juste. Ils ont fait des commentaires et l’idée de raconter leur vie et leur travail m’est venue comme ça. Cela a pris du temps, il fallait faire cela avec plusieurs agents, que cela soit plus représentatif. Certains ont fait marche arrière, qui ont eu peur. Mais cela s’est fait.

Ils m’ont raconté leurs histoires, m’ont donné des documents, des photos. Ils ne voulaient pas que certaines opérations soient racontées et publiées. Ils avaient peur de leur hiérarchie.

Laurent Nuñez, le patron de la DGSI.

Breizh-info.com : Mais en plus, vous n’étiez pas censé savoir qu’ils étaient agents de la DGSI….

Alex Jordanov : Si. Je ne vais pas tout vous révéler, mais si. Normalement non, mais dans ce cabinet d’avocats, oui, ils ont à moitié « décliné leur identité »

Breizh-info.com : Par un tel ouvrage, ne mettez-vous pas en danger la structure même de la DGSI, puisque vous la décrivez ?

Alex Jordanov : Non. Leurs adversaires, par exemple les Russes, procèdent de la même manière. Ils se connaissent tous. Ils travaillent de la même façon. Ils savent qu’ils sont surveillés, qu’ils sont filmés. Qu’il y a potentiellement des gens derrière eux ! Ils savent comment l’autre travaille. C’est un jeu d’échecs permanent. Cela ne marche pas à tous les coups. Les islamistes aussi. Ils sont hyper méfiants.

En général, les services Français sont très très bons dans ce qu’ils font, sur le terrain.

Le défi de la DGSI : cibler les bonnes populations afin de ne pas tomber dans la surveillance généralisée des Français sur le modèle chinois.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a le plus frappé, en termes de découverte, durant votre enquête ?

Alex Jordanov : Après plus de deux ans à les côtoyer, ce qui m’a frappé, c’est l’absolue ignorance, et le « pas de vagues chez moi » de la hiérarchie, sur l’islamisme. Ils ne comprennent pas. Ils sont dans une course aux résultats, et, effet domino, cela se traduit à l’échelon inférieur (sur les agents de terrain, mes sources), par une difficulté à travailler. Il y a un manque de compréhension de la problématique islamiste, c’est effrayant. Les agents vous le disent clairement quand ils vous racontent  :  il n’y aura pas de trêve avec les islamistes, l’islam radical constitue la majeure partie de leur travail. Quand on voit qu’on a donné à une société (Artemis) le contrat public sur la déradicalisation et que les types qui y travaillent vous expliquent qu’ils savent faire, car habitués à s’occuper avec « les exclus de la société, les toxicomanes, les malades du Sida »… les hommes de la DGSI se prennent la tête. On ne peut pas expliquer à ces gens là que ce n’est pas les mêmes, que cela n’a rien à voir, qu’on ne peut pas les déradicaliser, ils ne comprennent pas. Mais ils ont gagné l’appel d’offres… Résultat, il est prévu que les islamistes qui fasses des sorties culturelles, c’est dans le programme… C’est affligeant, l’ignorance des décideurs.

Le multiculturalisme entraîne une présence policière plus forte que dans les sociétés demeurées homogènes comme le Japon.

Breizh-info.com : Mais c’est inquiétant du coup, puisque ce sont quand même normalement les gens en charge de la sécurité des Français….

Alex Jordanov : Ils vont comprendre, ils vont mettre du temps. c’est triste à dire, mais il va peut être falloir passer par plusieurs attentats. Actuellement, l’EI, Al Nosra, les groupes islamistes ont été démantelés, dans des camps ou en fuite, certains ont rejoint l’Europe. Mais les cellules se reforment. C’est toujours le même schéma, depuis la nuit des temps. Une règle non-dite, quand une cellule se forme, elle est dormante un ou deux ans en moyenne, puis cela recommence.

Le regard de la justice sur l’islam radical a changé.

Breizh-info.com : Cette méconnaissance ne cache-t-elle pas une forme d’angélisme, d’idéologie politique qui amène à ne pas vouloir voir la réalité ?

Alex Jordanov : Après chaque attentat, on allait toujours voir les membres de la famille, qui tombent des nues. « Je savais pas, il aidait les vieilles dames avec leurs courses à traverser la rue». Les conférences de presse de M. Cazeneuve, c’était du copié collé. « Il s’est radicalisé, il est parti en Syrie, on mène l’enquête ». Les enquêtes étaient menées a posteriori.Cette mentalité change. Le tribunal spécial pour Abdelkader Merah l’a condamné à la peine maximale alors que pour le coup, il y a zéro élément matériel prouvant qu’il a fait partie d’un quelconque complot avec son frère.

La procureure s’est évertuée à expliquer à qui voulait l’entendre que le vol du scooter était prémédité. Le regard de la justice sur l’islam radical change. Ils ont pris le parti d’en faire un exemple, et l’ont condamné à 20 ans.On a relâché tellement de problèmes potentiels dans la nature, parce qu’on avait peur de dire les choses. On va finir par y arriver. Il faut nommer les choses pour avancer plus vite.

Les musulmans radicalisés sont une catégorie de la religion islamique en constant renouvellement.

Breizh-info.com : Donc vous êtes plutôt optimiste pour l’avenir, pour la sécurité des Français sur le territoire ?

Alex Jordanov : Je ne sais pas. D’après mes sources, qui elles fréquentent les islamistes depuis très longtemps, il n’y a pas de fin du conflit à l’horizon (ce n’est peut-être pas le bon mot). Il n’y a que des trêves. Les islamistes, puisqu’ils faut leur donner un nom, ont un objectif : la confrontation finale, la mythique bataille de Dabiq. Il y a quelques années, j’ai rencontré le chef d’Al Qaïda pour l’Europe, un Koweïtien, dans la prison de Zenica en Bosnie.  Il me disait : « Nous n’avons qu’un seul objectif, c’est la conquête de Rome, et la Bosnie est une de nos bases arrière en Europe ». On peut prendre des interviews de dix ans en arrière, ils ont toujours le même discours. Il n’y a pas de trêve. Ce n’est pas parce qu’on a vaincu militairement l’État islamique que dans dix ans, les choses auront changé.

Il y aura une réforme en Islam, avec des poussées d’extrémisme obligatoires. Je mentionne dans mon livre mon entretien avec un professeur de sciences politiques de l’université de Ryiadh qui est convaincu que le monde arabe n’a pas le choix. Ne serait-ce qu’économiquement, ils sont obligés de réformer leur sociétés.

Breizh-info.com : Dans ce cas, n’est-ce pas au niveau politique qu’existe le problème ? L’État islamique se base sur un terreau musulman, mais une majorité des musulmans dans le monde acceptent de vivre sous les lois de la Charia…

Alex Jordanov : Non, ce n’est pas la majorité. Et les autres n’ont souvent pas eu le choix, comme en Syrie. C’est une question de réforme, c’est comme l’Église. Il y a eu des schismes, Vatican II. Cela a pris des siècles. Il y aura une réforme en Islam, avec des poussées d’extrémisme obligatoires. Je mentionne dans mon livre mon entretien avec un professeur de sciences politiques de l’université de Ryiadh qui est convaincu que le monde arabe n’a pas le choix. Ne serait-ce qu’économiquement, ils sont obligés de réformer leur sociétés. Il y a des points d’interrogation avec l’unicité des textes saints. Le calife Othman fit détruire tous les écrits originels, imposa une première version « canonique » qu’il envoya aux différentes régions. Des variantes on circulé jusqu’au Xe siècle, beaucoup de ceux qui les récitaient furent condamnés. C’est un exercice compliqué que de se pencher sur cette thématique. Ce ne sera pas immédiat. Cela viendra du monde musulman, du Moyen-Orient.

Là bas, les dirigeants réclament une réforme de l’islam, en Tunisie, en Égypte, au Pakistan même. Cela en général ne se passe pas pour le moment, avec plutôt des poussées extrémistes, mais cela arrivera. Nous n’avons pas les clés chez nous en tout cas. Il n’y a pas de leader musulman en France. Nous, nous avons Tarik Ramadan, qui est quand même le mec qui a des faux diplômes et qui est accusé dans plusieurs pays de viols de fillettes. Par contre, au Moyen-Orient, ils ont des intellectuels, des écrivains, des cinéastes. Un terreau d’élite qui sera locomotive de la réforme.

Je voulais savoir comment cela se passait pour les vrais James Bond. On commence par connaitre ces gens, on finit par être amis, par faire des courses ensemble, faire de 5×5 en foot de salle. Et on apprend, on les écoute, on les voit faire, comment le vrai James Bond travaille.

Breizh-info.com : Après l’enquête sur Merah, après cette enquête, dans quel état d’esprit êtes-vous ? Désabusé ?

Alexandre Jordanov : Ce qui m’intéressait dans ce livre, au départ, c’est un peu un rêve de gosse. Je voulais savoir comment cela se passait pour les vrais James Bond. On commence par connaitre ces gens, on finit par être amis, par faire des courses ensemble, faire de 5×5 en foot de salle. Et on apprend, on les écoute, on les voit faire, comment le vrai James Bond  travaille. Dans le privé, c’est des hommes et des femmes comme vous et moi, et ils sont avant tout français. C’est important de le signaler. Dans le « groupe » il y en a qui sont pieux, certains rêvent d’aller à La Mecque, mais je le répète, ils sont français avant tout. On a tous l’idée d’un flic, (cela va pour ceux de la DGSI, politiquement à droite. Pas du tout. Il y a de tout. Ce sont des gens normaux, qui ont des familles, qui rentrent chez eux le soir. Qui se tapent, pardonnez moi l’expression, des relous du matin au soir, et parfois ils en ont ras le bol.

 Les agents que j’ai rencontrés n’ont pas la même vie que les personnages du Bureau des légendes.

Breizh-info.com : Votre expérience reflète-t-elle, si vous l’avez vu, ce que propose la série Le Bureau des Légendes ?

Alexandre Jordanov : Ce n’est pas pareil. Le Bureau des Légendes, c’est de la fiction. Ils se basent sur des vraies enquêtes et expériences humaines. Après les scénaristes interviennent. La DGSE, c’est la DGSI à l’international. C’est différent. Les agents que j’ai rencontré n’ont pas la même vie que le personnage de Mathieu  Kassovitz.

Ceux qui posent problème sont passe-partout, on ne les remarque pas forcément. Ceux-là sont dangereux. Les islamistes se recyclent, mais c’est toujours les même circuits, les mêmes nébuleuses.

Breizh-info.com : Actuellement, pensez-vous que ces gens de la DGSI fassent un bon boulot pour protéger les Français ?

Alexandre Jordanov : Ils ont perdu beaucoup de temps à tâtonner et il y a eu une déperdition des « sachants » après la fusion RG-DST. Le démantèlement des RG a été une faute majeure. Ils essaient de les reconstituer avec le Renseignement territorial, mais cela va prendre du temps. Il y a aussi aujourd’hui une appréhension vis à vis du fonctionnaire police musulman dans les services. Pas parce qu’il est musulman, mais une peur l’infiltration. Il y a eu quelques cas.  Sur 100 agents, un mouton noir ou dans l’entourage.

Par ailleurs, il y a eu des circulaires qui demandent de recenser qui sont les agents radicalisés. Le mot « radicalisé » est ouvert à toutes les interprétations, Il y a 20 000 fichés S, qu’on suit, un outil de suivi qui n’est pas accusatoire, et 4000 d’intérêt particulier, mais si vous saviez comment certains se sont retrouvés sur les listes, c’est crispant. Des femmes qui accusent leur mari de radicalisme pour obtenir le divorce, un petit jeune qui joue au foot avec ses potes et devient musulman par qu’eux vont à la mosquée, parce que c’est la mode. Il y a tellement de configurations. C’est un exercice compliqué. On ne peut pas surveiller tout le monde sur des présomptions.

C’est techniquement impossible.Il y a tout un tas de gens comme ça qui sont sur des listes. Ceux qui posent problème sont passe-partout, on ne les remarque pas forcément. Ceux-là sont dangereux. Les islamistes se recyclent, mais c’est toujours les même circuits, les mêmes nébuleuses. Les agents de la DGSI les connaissent par cœur, mais n’ont pas toujours les outils juridiques nécessaires pour intervenir.

Retrouvez l’entretien sur le site de Breizh infos en cliquant ici.
Photos DR et CC via Flickr de Greg Johson, Emory Allen, John Southcoasting, Michael Galkovsky, Michelle Finoto, Niki Subline, Silvia Siri et Nico Kayser.

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