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La mort de treize de nos soldats dans le désert africain au cours d’un combat contre des terroristes islamistes doit nous conduire à réévaluer notre engagement dans le continent noir. Quelques vérités utiles à dire et quelques alliés de poids à rallier sont les conditions préalables à la victoire sur le terrain, sinon le sang français aura été versé en vain.

Bernard Lugan le grand spécialiste français des affaires africaines, celui auquel on a interdit d’enseigner à l’Ecole militaire de Saint-Cyr, révèle le contexte du sacrifice de nos soldats au Mali. Une leçon de réalisme et de courage politique.

Nos soldats se battent contre l’islamisme non seulement dans les rues de nos villes, mais aussi en Afrique. Treize soldats viennent de donner leur vie au cours d’un affrontement contre des islamistes quand deux hélicoptères sont entrés accidentellement en collision. Un moment de deuil pour la Nation.

Les pertes cruelles que viennent de subir nos Armées -et qui ne seront hélas pas les dernières-, ont donné à certains l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la présence militaire française au Sahel. Cette démarche est légitime, mais à la condition de ne pas sombrer dans la caricature, les raccourcis ou l’idéologie.

J’ai longuement exposé l’état de la question sur ce blog, notamment dans mon communiqué en date du 7 novembre 2019 intitulé « Sahel : et maintenant quoi faire ?» , ainsi que dans les colonnes de l’Afrique Réelle et dans mon  livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours qui replace la question dans sa longue durée historique et dans son environnement géographique. Je n’y reviens donc pas.

Emmanuel Macron a salué «avec le plus grand respect la mémoire de ces militaires de l’armée de terre, six officiers, six sous-officiers, et un caporal-chef, tombés en opération et morts pour la France dans le dur combat contre le terrorisme au Sahel», a indiqué la présidence dans un communiqué.

 «

Cependant, trois points doivent être soulignés :

1) Dupliquées d’un logiciel datant des années 1960-1970, les accusations de néocolonialisme faites à la France sont totalement décalées, inacceptables et même indignes. Au Sahel, nos Armées ne mènent  en effet pas la guerre pour des intérêts économiques.

En effet :

– La zone CFA dans sa totalité, pays du Sahel inclus,  représente à peine plus de 1% de tout le commerce extérieur de la France, les pays du Sahel totalisant au maximum le quart de ce 1%. Autant dire que le Sahel n’existe pas pour l’économie française.
– Quant à l’uranium du Niger, que de fadaises et de contre-vérités entendues à son sujet puisqu’en réalité, il ne nous est pas indispensable. Sur 63.000 tonnes extraites de par le monde, le Niger n’en produit en effet que 2900…C’est à meilleur compte, et sans nous poser des problèmes de sécurité que nous pouvons nous fournir au Kazakhstan qui en extrait  22.000 tonnes, soit presque dix fois plus, au Canada (7000 t.), en Namibie (5500 t.), en Russie (3000 t.), en Ouzbékistan (2400 t.), ou encore en Ukraine (1200 t.) etc..
– Pour ce qui est de l’or du Burkina Faso et du Mali, la réalité est qu’il est très majoritairement extrait par des sociétés canadiennes, australiennes et turques.

Il sera nécessaire que la France « torde le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. 

2) Militairement, et avec des moyens qui ne lui permettront jamais de pacifier les immensités sahéliennes, mais là n’était pas sa mission, Barkhane  a réussi à empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées. Voilà pourquoi, pariant sur notre lassitude, les islamistes attaquent les cadres civils et les armées locales, leur objectif étant de déstructurer administrativement des régions entières dans l’attente de notre départ éventuel, ce qui leur permettrait de créer autant de califats. Notre présence qui ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.

Notre présence au Malin ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, mais interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.

3) Nous sommes en réalité en présence de deux guerres :

– Celle du nord ne pourra pas être réglée sans de véritables concessions politiques faites aux Touareg par les autorités de Bamako. Egalement sans une implication de l’Algérie, ce qui, dans le contexte actuel semble difficile. Si ce point était réglé, et si les forces du général Haftar ou de son futur successeur tenaient effectivement le Fezzan, les voies libyennes de ravitaillement des jihadistes  auxquelles Misrata et la Turquie ne sont pas étrangères, seraient alors coupées. Resterait à dissocier les trafiquants des jihadistes, ce qui serait une autre affaire…

Par-delà les prestations médiatiques des « experts » qui se bousculent sur les plateaux télévisés en soutien ‘une politique contestable du gouvernement en Afrique,  une chose est donc certaine : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul.

– Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi notre effort doit porter sur le soutien au bloc ethnique mossi. Aujourd’hui comme à l’époque des grands jihad peul du XIXe siècle ( là encore, voir mon livre sur les guerres du Sahel), il constitue en effet un môle de résistance. Le renforcement des défenses du bastion mossi implique d’engager à ses côtés les ethnies vivant sur son glacis et qui ont tout à craindre de la résurgence d’un certain expansionnisme peul abrité derrière le paravent du jihadisme. Cependant, si les jihadistes régionaux sont majoritairement Peul, tous les Peul ne sont pas jihadistes. Ceci fait que, là encore, il sera nécessaire de « tordre le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. Car, et comme je l’ai écrit dans un ancien numéro de l’Afrique Réelle « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». Il y a donc urgence.

Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. 

Par-delà les prestations médiatiques des « experts », une chose est donc claire : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul. Tout le reste découle de cette réalité. Dans ces conditions, comment contraindre les gouvernements  concernés à prendre en compte cette double donnée qui est la seule voie pouvant conduire à la paix ?

La Poste, une composante logistique déterminante pour le moral des troupes.

Retrouvez les analyses de Bernard Lugan sur le site de l’Afrique réelle en cliquant ici.
Pour mieux comprendre l’Afrique, il est indispensable de s’inscrire à ses cours en ligne en cliquant ici.
Photos DR et CC via Flickr de Fred Marie.
Fred Marie, est un historien puis journaliste de formation, Fred se dirige vers le photo-journalisme par passion pour le voyage et l’aventure.
Autodidacte fasciné par l’image, il n’attend pas d’obtenir son diplôme à Sciences-po ni sa carte de presse professionnelle pour couvrir l’actualité avec son appareil photo.
Ses premiers reportages sont publiés dans la presse locale puis assez rapidement dans la presse nationale.
Depuis cinq ans, il collabore avec la plupart des grands titres français et son travail est diffusé par des agences de presse internationales à travers le monde. Il est Membre du studio Hans Lucas depuis 2015
Amoureux de voyages et d’adrénaline, il travaille sur deux grandes thématiques, que sont l’univers de plein air et celui de la défense. A travers son travail au long cours sur les sports extrêmes, il cherche à raconter des histoires singulières et riches en émotions.  Continuellement en quête de l’image forte, sa vision journalistique le pousse à avoir un regard humain et un style photographique rigoureux.
Retrouvez son travail en ligne en cliquant ici.

Les sacrifices des soldats sont le prix à payer pour que la France reste une grande nation. 

Ces soldats blessés, de retour à la vie civile, font parfois face à des situations dramatiques comme l’ancien légionnaire Jean-Charles. Je vous invite à découvrir son histoire ci-après.

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