Dans le froid sec de la Plaza Jardincillo, il flotte dans l’air une sourde exaltation conquérante. Cela se sent à la façon dont les quelques centaines de personnes ayant répondu à l’appel, réparties en petits groupes, s’interpellent, se saluent, se congratulent. Les sourires et les coups d’œil complices transmettent l’optimisme de ceux qui se savent appelés à prendre de l’importance. Ce soir-là, la formation de droite radicale Vox, le mouvement politique qui accapare l’attention médiatique ces dernières semaines dans toute l’Espagne, débarque à Navalmoral de la Mata. Une bourgade anonyme et sans attrait d’Estrémadure, à deux heures de route à l’ouest de Madrid, et dont les 17 000 habitants vivent essentiellement de la centrale nucléaire d’Almaraz, que les autorités menacent de fermer prochainement. Juan Carlos Prieto, un des organisateurs, explique avec fierté : «C’est notre premier grand meeting dans un bourg de l’Estrémadure. Notre progression est rapide. Personne ne nous arrêtera.» Autour, trois jeunes militants, qui tiennent un stand décoré de drapeaux nationaux sang et or, et d’étendards verts (la couleur de Vox), acquiescent, les yeux brillants d’optimisme.