Ce fut une parenthèse de générosité sur fond de solidarité européenne désenchantée. Entre février 2016 et juin 2018, l’Aquarius, navire de 77 mètres de long affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, a joué les bouées de sauvetage humanitaire en Méditerranée, avant d’être contraint, le 6 décembre, de mettre fin à ses opérations après un lynchage en règle par un pays, l’Italie, et un lâchage tout court de l’Europe.

L’Aquarius a pourtant sauvé de la mort, lors de 177 opérations d’aide et 64 opérations de transbordement, près de 30 000 vies humaines. Quand, en quatre ans, plus de 17 000 hommes, femmes et enfants, selon l’Organisation internationale pour les migrations, ont été avalés par les flots méditerranéens, le plus grand cimetière maritime de la planète. Leur crime : tenter une traversée vers un monde jugé meilleur sur des embarcations d’infortune.

Quelle prétention du journaliste ! Les statistiques gonflées à l’hélium sont totalement bidon. l’Aquarius n’a pas sauvé trente mille personnes. il les a seulement recueillies au large des côtes libyennes (et non pas en pleine mer comme les médias le laissent entendre. Si ce navirte n’avait rien fait, il est probable que ces personnes seraient restée en Libye.

 

«Miradors aux frontières»

Il y a plus de vingt ans, bien avant la plus grande crise migratoire jamais connue en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, le président de la Banque mondiale évoquait dans Libération le risque de voir apparaître «des miradors aux frontières de l’Europe». Depuis, non seulement l’Europe a renoncé à se donner les moyens de sauver des vies, mais elle a aussi torpillé les tentatives humanitaires citoyennes d’y parvenir. «Un jour sombre», résume MSF. Les historiens du temps et de l’instant que sont les journalistes racontent déjà ce cynisme : moins de 7 % des 512 millions d’Européens sont des «ressortissants étrangers». Bruxelles a bien fixé comme objectif d’accueillir 160 000 migrants : moins du tiers ont été acceptés par les Etats membres…

Toujours les mêmes statistiques bidon. il suffit d’une goute de vinaigre pour faire cailler une tonne de lait ! Les 7% sont les résidents en Europe qui sont étrangers mais ce chiffre n’inclut pas les résidents d’origine étrangère qui ont acquis une des citoyennetés des pays de l’Union.

 La double démission européenne s’est faite en deux temps. Les chancelleries ont d’abord laissé Rome, sous la houlette d’Enrico Letta, lancer l’opération «Mare Nostrum» dans la foulée du drame de Lampedusa (366 morts en octobre 2013). Des moyens majeurs, 9 millions d’euros par mois, sont alors déployés et permettent de sauver en moins d’un an plus de 100 000 réfugiés africains. Appel d’air, dénoncent alors des voix souverainistes, populistes et égoïstes, avec mention spéciale aux droites françaises, tout en surenchère alarmiste. Pendant ce temps, l’Italie porte seule la charge de sa générosité.(…)

Travail de sape

Mais l’UE, plutôt que de se concentrer sur le trafic humain sur le sol libyen, un temps dénoncé par Emmanuel Macron, a laissé prospérer le travail de sape contre les ONG. Celles-ci ont été accusées tour à tour de complicité avec les passeurs ou de pollution. Pire : plutôt que de mettre en branle le plan d’accueil concocté par la Commission, les Etats, dans leur hypocrite frilosité doublée de cynisme, se sont mis au diapason du sentiment anti-migrants attisé par des angoisses xénophobes. On est passé de simples pinailleries bureaucratiques à des ouvertures d’enquêtes judiciaires sur fond d’accusations de crime organisé, puis à l’immoblisation des navires, à la fermeture des ports et au retrait de pavillon. «C’est la victoire du populisme contre des citoyens convaincus que les frontières ne suffisent pas à hiérarchiser les humains entre eux», a dénoncé dans nos colonnes Jean-François Dubost, d’Amnesty International. Ce n’est pas l’histoire d’un sabotage en bande organisée, mais d’un sabotage en débandade désorganisée.

(…)

Pour y croire encore, il reste une poignée d’organisations issues de la société civile qui tentent de sauver l’honneur de l’Europe et, surtout, des vies humaines : Sea Watch, Mare Jonio, Proactiva Open Arms ou les survols de Moonbird ou de Colibri. Contre vents et marées.