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La photographe Sandra Chenu Godefroy était au cœur de l’action sur les Champs-Elysées le 19 novembre. Des images exceptionnelles qui reflètent son talent et une situation extraordinaire.

Comment rendre compte de la violence, de l’affrontement, de la guerre ? Les mots ne suffisent pas toujours. On a besoin du talent des photographes et plus encore de ceux qui savent se placer en première ligne. Sandra Chenu-Godefroy nous offre des images spectaculaires qui rendent bien compte de la tragédie de ces affrontements. Des Forces de l’ordre confrontées à la colère du peuple. Nous reprenons son compte-rendu sur le blog des reporters photographes pour vous inciter à découvrir ses travaux.

Et bien voilà, je n’étais pas très motivée pour travailler ce samedi, ma semaine a déjà été on ne peut plus chargée et la prochaine s’annonce du même acabit. Mais j’avais tout de même le sentiment que « quelque chose se jouait » autour de ces gilets jaunes, de leur colère pas très structurée et pas vraiment entendue, de cette manifestation parisienne interdite et de ces gens de province prêts à monter sur Paris pour faire entendre leur colère.

Je l’ai toujours dit à mes stagiaires, il est impossible de bien photographier une manifestation quand on est militant, car dans ce cas on fait de la communication, et pas du journalisme. Donc je m’efforce de toujours de partir en reportage en manif l’esprit neutre et la tête au clair. Cette fois-ci encore, je ne déroge pas à cette règle.

Gilet jaune brandissant le drapeau français devant un barrage de policiers empêchant l’accès à la rue de Matignon [Ref:1418-18-0400]

Donc, je rejoins en métro le rond point de l’étoile vers midi, et deux arrêts avant ma station, alors que je suis encore dans le métro, l’odeur âcre du gaz CS se fait sentir, discrètement. Je découvre une scène assez surréaliste en sortant: dans les volutes de gaz qui se dissipent, des manifestants en gilets jaunes, énormément mais assez calmes, et des forces de l’ordre, assez peu comparativement.

Tout dans cette journée était hors norme: je n’avais jamais entendu autant de manifestants chanter de façon aussi régulière la Marseillaise ou reprendre en choeur « tout le monde aime la police », jamais vu autant de drapeaux français -excepté pour fêter la coupe du monde-. Et oui, quand je suis arrivée j’ai été surprise de ne voir aucune vitrine de l’avenue caillassée ou taguée ni aucune de ces grosses voitures luxueuses qui traversaient l’avenue être inquiétées par les manifestants qui leur dégageaient le passage. 

J’aurai sans doute dû rentrer chez moi à ce moment là. Il y avait bien quelques poubelles et jardinières renversées mais globalement, l’immense marée humaine de gilets jaunes obéissait aux injonctions des forces de l’ordre et marchait de barrage en barrage.

Vue de l’Arc de Triomphe depuis les champs Élysées, à 18h21 le samedi 24 novembre.[Ref:1418-18-1337]

Je ne saurai dire « comment » ensuite, tout s’est enchaîné, mais à un moment donné, j’ai retiré l’œil de mon viseur et je me suis retrouvée projetée en plein milieu du CNEFG Saint Astier. Là où les gendarmes mobiles s’entraînent « pour de faux » à éteindre des barrages enflammés, à essuyer des jets de cocktails molotov de plastrons surexcités, tirant leurs grenades dans les polygones pyrotechniques… 
Et j’étais toujours sur cette avenue mondialement connue pour son élégance, à essayer de ne pas me prendre les pieds dans les cendres et les morceaux de ferrailles amassés, à éviter ces fameux pavés qui volaient en tout sens, tandis que des explosions retentissaient pas très loin.

Alors je me suis concentrée sur ce qui était important pour moi dans mon travail, mettre en avant l’abnégation de ces servants d’état: policiers, gendarmes, pompiers, qui étaient là, et tâchaient d’accomplir leur mission avec leur humanité, leur discernement… et les faibles moyens qui leur étaient confiés.

Retrouvez cet article sur le site des reporters photographes en cliquant ici.

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